Discours d’introduction – Marche des fiertés 2017

27 Mai

Discours d’introduction prononcée par le président du Centre LGBT Amin Robine lors de l’édition 2017 de la marche des fiertés.

Bonjour à toutes et tous !

Bienvenue à la Pride, la Marche des Fiertés LGBT+ de Caen, édition 2017. Je suis Amin Robine, le nouveau président du Centre LGBT de Normandie, fédération de 10 associations réparties sur tout le territoire normand.

Avant de commencer ce discours qui sera forcément trop long, je tiens à remercier les bénévoles qui ont œuvré à l’organisation et au bon déroulement de cette journée ; et j’invite celles et ceux qui souhaitent s’investir pour les éditions futures de ne pas hésiter à venir nous voir, toute aide est la bienvenue !

Je remercie également nos élus locaux, du moins, ceux qui nous soutiennent officiellement, nos partenaires institutionnels publics, privés et associatifs, la presse, d’être présents aujourd’hui ; et je vous incite à ne pas rester en retrait de la Marche et à vous mêler à la foule. Et enfin, je vous remercie vous tous, d’être là, d’être venus si nombreux, si nombreuses et de faire perdurer ce mouvement militant, que ce soit votre première participation ou que vous soyez là depuis la toute première.

Cette Marche des Fiertés est celle de tous les LGBT+ : les Lesbiennes, les Gays, les Bis, les Trans, les Queer, les Intersexués, les Pansexuels, les Asexuels, les Agenres, les Altersexuels, et bien évidemment de leurs alliés, celles et ceux qui les accompagnent et les soutiennent.

C’est la 10ème marche. Cela fait 10 ans que nous, les normands, marchons chaque année. 10 ans de lutte pour plus de reconnaissance, plus de droits, plus d’égalité. 10 ans que nous battons le pavé pour faire entendre nos voix, nos droits, nos vies, nos familles. Par-delà nos frontières, partout dans le monde, nous entendons des cris.

74. C’est le nombre d’Etats qui pénalisent encore les personnes LGBT+ : Par des peines de prison, par des travaux forcés, par la torture, par la mort.

2017. Tchétchénie. Des hommes homosexuels, avérés ou supposés, sont emprisonnés, torturés, exécutés et si des associations locales font tout leur possible pour les aider, la situation est extrêmement grave. Le gouvernement parle de purge, demande aux familles d’homosexuels de les tuer. Cela ne vous rappelle rien ? Les heures les plus sombres de l’Histoire ne sont pas forcément derrière nous, elles peuvent ressurgir à tout moment, et les erreurs, les horreurs du passé se reproduire. Apprenons notre Histoire, nos histoires, leurs histoires, afin d’en tirer les leçons nécessaires et ne pas les répéter.

Cette année, nous ne ferons pas la traditionnelle minute de silence en souvenir des victimes de la déportation, des victimes de violences faites aux personnes LGBT+, et des victimes du VIH ; du moins, pas de la même manière. Non. Parce que le silence, c’est se taire. Et se taire, c’est abdiquer. Se taire, c’est se résigner. Se taire, c’est donner raison.

Ça suffit. Stop. Assez ! Ça suffit le sexisme. Ça suffit les discriminations. Ça suffit les insultes, les coups, les blessures. Ça suffit la banalisation de ces actes ignobles. Ça suffit de se taire face aux LGBT-phobies et aux séro-phobies ! Alors cette année, nous vous proposons de faire un Die In, pendant la Marche. Pour montrer au monde que le silence, ce n’est pas anodin. Pour montrer que le silence tue. Lorsque la sirène retentira pendant le parcours, nous nous allongerons au sol, et tant qu’elle sonnera, nous resterons inertes, comme morts ; soyez prêts à le faire.

Nous sommes des hommes, des femmes, des intersexués, binaires, non binaires. Nous subissons des discriminations, au quotidien. Nous sommes ignorés par les autorités qui refusent de nous reconnaitre. Nous sommes ceux qui ont été humiliés et insultés, placés au centre d’un débat qui ne devrait même pas exister ; débat qui parle de nous, débat qui parle pour nous, débat qui parle sans nous. Personne ne peut affirmer le contraire, personne ne peut dire que nous n’avons pas souffert.

Oui, ces dernières années en France, pays qui a la prétention de se revendiquer des Droits de l’Homme, nous avons été écorchés, blessés, malmenés, trainés dans la boue. Pourtant, nos droits ont avancé, un peu. Mais à peine ce pas vers l’égalité franchi, certains, certaines, souhaitent revenir en arrière, bien en arrière, et nier nos conditions de vies, nier nos existences : le combat n’est jamais fini, et les avancées d’hier peuvent très vite disparaitre. Marguerite Duras disait : « c’est drôle le bonheur, ça vient d’un coup, comme la colère ». L’euphorie que nous avons ressentie il y a 4 ans lors de la promulgation de la loi Mariage pour tous est retombée pour laisser place à de l’amertume.

Des droits ont été obtenus. Mais il reste tellement à faire pour que l’égalité soit réelle :

  • Le changement d’état civil libre et gratuit (sortez ces juges de nos culottes !) pour les personnes trans, et mettre en adéquation l’ensemble des lois françaises avec les résolutions votées par la France au Conseil de l’Europe en matière de droits pour les personnes trans.
  • Et il n’y a pas que le droit qui doit être adapté à nos existences, les services de santé aussi. En comprenant nos besoins et en faisant en sorte d’y répondre sans nous dire qui nous sommes et comment nous devrions être : nous seul-e-s savons qui nous sommes et comment nous souhaitons vivre.
  • La reconnaissance de la pluralité de modèles familiaux et des droits permettant de procréer. Le lien de filiation entre les enfants de toutes ces familles avec l’ensemble de leurs parents doit être reconnu en droit quelques soient les moyens ayant permis la procréation.

C’est en cela que le mouvement militant doit perdurer, afin de s’assurer que ce qui est acquis le reste pour de bon et de continuer à se battre pour l’égalité. Le nouveau Président de la République a fait de nouvelles promesses à ce sujet. Nous serons là pour les lui rappeler ! Oui, tout cela est difficile, éprouvant, mais regardez autour de vous, regardez les gens qui vous entourent, devant vous, derrière vous, à gauche et à droite.

Aujourd’hui, vous n’êtes pas seul. Aujourd’hui, nous sommes là, nombreuses, nombreux. Aujourd’hui, nous sommes là, ensemble. Aujourd’hui, nous sommes tous réunis, indépendamment de notre orientation sexuelle, de notre identité de genre, de notre sexualité. Nous ne correspondons pas à la norme ? à leur norme ? peu importe, nous sommes fièr.e.s ! Aujourd’hui nous sommes réunis pour défendre nos droits, pour réclamer l’égalité, pour dire au monde que nous existons, que nous sommes debout et que nous continuerons à marcher. Aujourd’hui, nous sommes réunis, pour clamer notre amour, pour soutenir un, une, des proches ; seul, en famille, avec des amis. Aujourd’hui, nous sommes réunis pour aimer l’autre, et s’aimer soi-même ; et aussi parce que ça fait du bien d’être ensemble.

Nous sommes plus forts, plus fortes ensemble. Nous sommes. Il y aura toujours d’autres combats à mener, il nous faut rester fort, et garder en tête que tout ira mieux un jour, it gets better ! 

Il est temps d’entamer cette 10ème Marche des Fiertés LGBT+, tous ensemble, nous sommes forts, tous ensemble, nous marchons vers l’égalité. Face aux menaces réactionnaires, tous les Normands, unis pour le respect des droits LGBT+.

Merci de m’avoir écouté, et en avant !

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