Vous nous l’avez demandé, voici le discours lu lors de la Marche des Fiertés de ce samedi 18 juin 2022 :

Marche des Fiertés revendicative de 
Caen 2022 : 
VIVRE, PAS SURVIVRE !


Nous vivons dans un pays où 41 % des personnes ayant voté au Second tour des élections présidentielles sont d’accord pour mettre l’extrême droite à la tête de ce pays. Rappelons que Marine Le Pen a reçu le soutien de Victor Orban, 1er ministre hongrois dont le gouvernement a promulgué une loi interdisant toute représentation positive de l’homosexualité et de la transidentité auprès des enfants.
 
Nous vivons dans un pays où une partie de notre communauté a attendu les résultats de ces élections en se disant que dans les années à venir, leurs conditions de vie seraient peut-être pires que celles qu’iels subissent déjà.

Certain.e.s n’ont pas grand-chose à craindre ou le pensent en tout cas. Quelques un.e.s ont parfois suffisamment de privilèges : être blanc.he, avoir un emploi stable, un salaire décent, une bonne santé… pour se penser à l’abri et oublier de penser à toustes celleux qui ne bénéficient pas de tout cela, à toustes celleux qui vivent à la marge ou plutôt survivent.

Parce que c’est de cela qu’il s’agit en fait. De se dire qu’à un moment, en France, en 2022, une bonne partie de notre communauté survit plus qu’elle ne vit. Parfois même en ayant tellement intériorisé les discriminations que nous subissons, que nous en avons oublié ce que c’était que vivre. Vivre vraiment.

Alors oui, on en a marre que le monde soit fait par et pour celleux qui se pensent normaux.

Les trans, les putes, les handi, les pédés, les fols, les inter veulent vivre leur vie sans devoir se justifier, se plier à des contrôles et quémander le droit de survivre aux médecins, aux institutions, aux tribunaux.

Les enfants queer ne devraient pas avoir peur de leur famille, peur de leur parler, d’être mis à la porte du jour au lendemain, d’être traîné.e.s dans des manifs odieuses qui appellent à la haine au nom d’un dogme sociétal qui refuse la multiplicité des identités et des existences. Iels ne devraient pas craindre d’aller à l’école et d’y subir les violences d’une communauté éducative qui fait passer l’application des normes cisgenres et hétérosexuelles avant le bien-être des êtres humains dont elle a la responsabilité.

Aucune personne queer ne devrait avoir à cacher son identité de genre, son orientation sexuelle ni ne devrait se censurer au point de mentir sur sa vie privée auprès de ses collègues, de craindre les entretiens d’embauche ou le harcèlement sur son lieu de travail.

Les violences ordinaires familiales, scolaires, médicales, professionnelles minent des existences et ne laissent parfois d’autre issue aux personnes qui les subissent que de renoncer à vivre.

Alors aujourd’hui, nous revendiquons :

– La fin des mutilations sur les enfants intersexes, pour que leur vie et leur bien-être soient pris en compte AVANT ces normes patriarcales destructrices et la volonté de contrôle des corps.

– L’abrogation de la loi de 2016 sur la pénalisation des client.es et de tout délit de proxénétisme, pour permettre une réelle autogestion des travailleureuses du sexe et des conditions de travail décentes.
– Le droit d’asile pour toustes celleux qui en font la demande, la fin des parcours longs et humiliants notamment pour les exilé.es LGBTI qui doivent étaler leur vie privée face à des instances hétéro qui ne comprennent rien à rien, sans garantie de rester sur le territoire.

– La dépsychiatrisation réelle et concrète des parcours de transition, l’autodétermination réelle pour toustes : l’accès simple et gratuit à toute démarche de transition médicale, changement d’état civil libre et gratuit SANS OBLIGATION DE PREUVE MÉDICALE OU PSYCHIATRIQUE. La honte Caen, la honte Cherbourg et leurs états-civils transphobes ! Les psys hors de nos vies, iels ne devraient avoir aucun pouvoir de décision ou de coercition sur qui que ce soit. Et la fin du contrôle des parents sur les parcours de transition de leurs enfants : l’État ne doit pas légitimer la maltraitance des enfants trans.

– Des minima sociaux décents, qui permettent de vivre, la simplification des démarches pour les obtenir, sans qu’ils soient conditionnés à un âge, aux revenus des parents, des conjoint.es. Chacun.e, par sa simple existence, devrait se voir fournir le minimum décent pour vivre, manger, avoir un toit, des soins.

– On ne dit jamais rien des personnes SDF, si nous n’avons pas de chiffres en France, les statistiques étasuniennes montrent que les personnes LGBTI sont surreprésenté.es parmi les personnes sans domicile fixe. Sortir de la norme, c’est avoir plus que n’importe qui le risque de se retrouver en marge de la société, d’être privé.e des droits humains les plus fondamentaux.

– Nous n’oublions pas nos adelphes LGBTI en situation de handicap qui bien souvent, se trouvent exclu.e.s des rares espaces et événements queer, encore trop souvent dominés par des logiques validistes. Nous-même avons encore beaucoup à faire en terme de lutte contre les discriminations.

Nos pensées vont aux proches des femmes trans dont nous avons appris la mort depuis le début de cette année : No, Mirza, Gwen,  et toutes celles que nous ne connaissons pas. Nous n’oublions pas non plus Nathalie, qui a mis fin à ses jours en 2012, en prison, à Caen, après avoir appris le refus de son changement d’état civil. 

Nous ne pouvons pas venir nous rassembler ici seulement dans une logique festive. Oui, nous avons l’envie et le droit de montrer que …malgré tout ce que nous subissons, nous sommes pour autant encore capable de marcher dans un esprit de fête. Mais nous avons aussi le devoir de montrer et de crier notre rage. Car oui, l’État se fait complice des discriminations et des violences qui nous oppressent et nous tuent !

Nous voulons pouvoir VIVRE, sans mentir, sans nous cacher, sans prétendre et sans attendre la validation des garants de la norme. Alors allez vous faire foutre, vous toustes qui voulez nous contrôler et qui nous laissez des miettes de vies pour lesquelles il faudrait encore vous dire merci.




Nous voulons des vies pleines et entières. 
Des vies belles, pleines de joie et d’amour. 
Des vies qui comptent !